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Les éditions du Sonneur, la sobriété et l’excellence


En librairie, quand vous prenez un livre en main, si une petite grenouille est présente sur la couverture, ceci est plus qu’un gage de qualité ; vous êtes alors sûr de faire une bonne lecture…
Tout a commencé en 2005 avec la réception d’un manuscrit envoyé par l’une des amies de Valérie Millet, l’éditrice du Sonneur et unique salariée. Ce texte a créé une véritable envie de création d’une maison d’édition, et aux côtés d’un ancien libraire des PUF, Jean-Luc Remaud, qui s’occupe désormais des relations avec les libraires, l’aventure a pu commencer – deux ans plus tard, il est vrai : le temps de définir une ligne éditoriale, trouver des collaborateurs et lever quelques fonds. « Depuis, nous avons publié des ouvrages de littérature française et étrangère, contemporaine, ou pas. Sans d’ailleurs que nous n’ayons jamais eu le sentiment de suivre une autre « ligne » que celle de nos coups de cœur : bien souvent, le sens d’une maison n’apparaît, y compris à ses fondateurs, qu’avec le temps. Belle leçon de l’expérience : on ne défend bien que les textes que l’on aime, sans souci de coller à telle ou telle actualité, à telle ou telle mode. » Depuis, Sandrine Duvillier a rejoint l’équipe en tant qu’indépendante et assure tout le travail graphique de la maison d’édition et des relations avec la presse. Elle est également en charge des salons, un moment important tant il permet d’être au plus proche des lecteurs. Henri Julien a également intégré l’équipe pour tout ce qui a trait à la comptabilité et l’administratif. De plus, Marc Villemain s’occupe de certains ouvrages francophones, et Martine Laval est la seule directrice de collection « Ce que la vie signifie pour moi » (voir "Collection du moment" dans le premier numéro de La Feuille ; une collection pleine de petites pépites où l’on retrouve Gianmaria Testa, Baudoin, Arlette Farge et Jack London, entre autres) ; deux autres collections existent, La Petite Collection (textes courts, inédits ou indisponibles - Kessel, Roordra, Méliès, Twain...) et La Grande Collection (littérature française et étrangère, inédits ou rééditions).
Avec 150 titres au catalogue, et environ douze nouveautés par an, les tirages oscillent entre 1 500 et 5 000 exemplaires. Et avec le soutien des libraires, certains titres ont rencontré un très bel écho, avec des ventes de 15 000 exemplaires. Autodiffusé et autodistribué dans un premier temps, les Belles Lettres ont assuré la distribution en 2009. Et en 2014, Volumen (racheté plus tard par Interforum) qui s’occupe de ce travail. Prendre un diffuseur-distributeur a libéré un temps précieux pour défendre sur le long terme les différentes publications de la maison d’édition.

Avec une quinzaine de manuscrits reçus chaque semaine, le comité de lecture composé de Sandrine Duvillier, Henri Julien et Valérie Millet, a fort à faire. Et pourtant, aucune surproduction, les livres de littérature contemporaine sont méticuleusement choisis. Ce qui a permis l’obtention d’un Goncourt de la Nouvelle pour la Vie de monsieur Leguat de Nicolas Cavaillès en 2014. Un catalogue d’une incroyable richesse, donc ; petit florilège, qui nous espérons, vous donnera envie d’en découvrir plus !
Côté littérature française, pour les 150 ans de la Commune de Paris, les éditions du Sonneur ont publié un premier roman de Sandrine Berthet, un véritable coup de maître ! Peut-être le grand roman de l’exil des communards. Jetés aux ténèbres est le récit d’Étienne Delandre, envoyé au bagne en Nouvelle-Calédonie, après sa participation à la révolution parisienne de 1871. On y croise de grandes figures de l’anarchisme – Andrée Léo, Louise Michel, Charles Malato – et surtout, il est raconté « leur lutte pour s’acclimater à ce bout d’ailleurs et pour surmonter dans cette prison à ciel ouvert – au milieu d’une nature saisissante et brutale – l’exil, le dénuement et l’oubli. »
Impossible de ne pas dire un mot de l’envoûteuse Laurine Roux, que nous avons découvert en 2018, avec son premier roman Une immense sensation de calme. La rencontre d’une jeune fille et d’Igor, un être quasi-animal, qui vont aller sur les traces des « Invisibles », ultimes survivants d’une guerre apocalyptique. En 2020, s’il y avait bien un roman de la rentrée littéraire à ne pas louper, c’était bien son deuxième livre, Le Sanctuaire. « Ode à la nature souveraine », on y suit Gemma, une jeune adolescente vivant avec sa grande sœur et ses parents. Réfugiés dans une zone montagneuse, la famille essaye de survivre après une pandémie mondiale qui a décimé une grande parité de l’humanité. L’omniprésence des oiseaux est un véritable enchantement, et le souffle de ce livre est aussi puissant que celui de La Route de Cormac McCarthy. « Gloria ! »

Né en 1977 à Londres, Mark Forsyth est un étymologiste reconnu doublé d’un irrésistible humoriste. Découvert avec fracas par son petit texte Incognita incognita ou le plaisir de trouver ce qu’on ne cherchait pas, véritable pamphlet prenant la défense de la librairie en tant qu’espace social et lieu plein de surprises, il revient en fin d’année avec Noël, une histoire de dingues. Un ouvrage que nous attendons particulièrement, tant son précédent, Une brève histoire de l’ivresse s’est montré des plus surprenants. Imaginez l’histoire de l’humanité à travers le prisme de l’alcool et des anecdotes pleines d’érudition telles que l’histoire de la Vénus de Laussel, symbole de la préhistoire de la saoulerie, Madame Geneva, la déesse britannique du Gin, les « maisons à bière » ancêtres des pubs. Bref, tout cela est des plus hilarants, et vous ne boirez plus d’alcool de la même façon…

Épuisé depuis très longtemps, après trois longues années de négociations, Satchmo, l’autobiographie de Louis Amstrong est enfin rééditée dans une nouvelle traduction ! « Il y évoque – avec tendresse, humour et ironie parfois – sa jeunesse à La Nouvelle-Orléans. Issu d’un milieu des plus modestes, placé à l’âge de 13 ans dans une maison de redressement, Satchmo, comme on le surnommait déjà, aurait pu aisément plonger dans la délinquance. Mais la rencontre avec un professeur de cornet allait changer sa vie. » Un témoignage qu’il faut à tout prix lire, tant il éclaire l’histoire de la musique, du racisme et des États-Unis. Et puis, la bande originale accompagnant cette lecture vous permettra de découvrir tout un pan de l’histoire du Jazz.
Karel Čapek (1890-1938) est également présent au Sonneur : que ce soit Contes d’une poche et d’une autre poche ou Voyage vers le Nord, l’auteur tchèque, à qui l’on doit l’invention du mot "robot" est un témoin important de l’entre-deux-guerres, et un écrivain fabuleux.
Les éditions du Sonneur ont également à leur catalogue un auteur que bon nombres d’autres éditeurs leur envient ; un auteur découvert grâce au travail d’exploration des éditrices dans l’histoire de la littérature américaine. Un véritable autodidacte que rien ne prédestinait à l’écriture, et qui pourtant, enchaînera les succès littéraires dans les années 1920. Jim Tully, l’orphelin, le vagabond du rail, le circassien, le boxeur – Jim Tully, l’un des plus grands écrivains américains de la première moitié du XXe siècle. Il a vécu deux mille et une vies, que l’on retrouve avec délectation dans ses livres, où les laissés-pour-compte tiennent le haut de l’affiche. Précurseur du hard-boiled, un genre littéraire proche du roman noir, son parcours n’a rien a envié à Jack London.
Et l’une des très bonnes nouvelles de la fin d’année (car il en faut bien quelques-unes) c’est qu’un nouveau livre de Tully vient tout juste de paraître : Du sang sur la lune. Et quel livre ! On a l’impression qu’il a sélectionné tous les meilleurs ingrédients de ses précédents ouvrages – Vagabonds de la vie, Circus Parade, Les assoiffés, Le Boxeur – et qu’il en a distillé un somptueux breuvage, aussi fin et délicieux qu’un whisky irlandais. Comment ne pas être ému aux larmes en écoutant Vison et Chlorine, les prostituées qu’il croise chez Patty le Barman ? Comment ne pas souffrir aux côtés de Joe, debout sur le ring ? Comment réprimer le sourire qu’il vous vient en lisant les histoires de son grand-père, le bon vieux Hughie ? Si vous vous demandez comment vous avez pu passer à côté de Jim Tully, le prince des hobos, sachez qu’il n’est pas trop tard…

Il faut également saluer le travail d’un formidable compagnon de route des éditions du Sonneur : Thierry Beauchamp. Il est traducteur de l’anglais, et les livres de Forsyth et de Tully n’auraient sans doute pas la même saveur sans son labeur acharné. Vraiment, du très bel ouvrage !
D’autres livres s’ajouteront à leur catalogue ces prochaines semaines, et nous ne manquerons pas de vous les présenter : La Brebis galeuse d’Ascanio Clestini et Des voyages et des parfums de Rudyard Kipling.
Même si la maison d’édition est inquiète face aux empires du livre – Hachette, Bolloré, Vivendi, Lagardère – dont les armes principales sont le marketing et la communication, la complicité et le soutien des libraires lui donne tout de même de l’espoir pour les années à venir. « 2020 nous a en effet prouvé à tous que le livre était crucial, que le temps était notre allié, que la mémoire – c’est-à-dire le fonds – était primordial. » Un fonds que nous avons fait en sorte, à la librairie Quilombo, de maintenir vivant, et qu’il nous tarde de partager avec vous, lectrices, lecteurs. Les éditions du Sonneur, ou la sobriété et l’excellence.

Éditions du Sonneur
5 Rue Saint-Romain
75006 Paris
contact@editionsdusonneur.com

L’équipe de Quilombo vous présente des maisons d’édition indépendantes. Une table présentant les principaux livres leur est dédiée à la librairie et vous pouvez bien sur nous commander tous les titres par correspondance.


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