On sait d’expérience que les démonstrations produites par les sciences de l’homme et de la société ont très peu d’impact sur les gens. On peut mobiliser toutes les études pour démontrer la « stupidité » du racisme, on ne parviendra pas pour autant à convaincre quiconque d’abandonner ses préjugés. Pour être efficace, il faut que la raison rencontre l’émotion. Ce qui est prouvé
dans la recherche doit être éprouvé par le public.
Ce sont des auteurs de théâtre, principalement
Diderot et Brecht, qui ont poussé le plus loin la réflexion sur cette dialectique de l’intellect et du sentiment. Ils ont plaidé pour un théâtre politique dont la fonction n’est pas de parler à la place des citoyens mais de leur fournir des armes pour mieux résister aux médias et au
pouvoir d’État. En s’interrogeant à son tour sur les modalités d’appropriation par les publics des outils de débat émanant de la recherche, le CVUH (Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire) s’inscrit également au coeur de ces questionnements. La "mise en théâtre" de l’histoire peut-elle favoriser la connaissance historique et aider au débat démocratique ?