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Doutes sur la religion


Publié à Londres en 1767, Doutes sur la religion relève de la littérature clandestine du siècle des Lumières. La généalogie de ce texte, qui fut attribué à divers auteurs dont Voltaire lui-même, montre qu’il s’agit de l’expression la plus concise et la plus radicale d’un traité philosophique dont la première édition remonterait à 1705. Cette oeuvre collective autant qu’anonyme témoigne de l’insurrection croissante des esprits à l’approche de la Révolution française.
« Les Doutes sur la religion de 1767 étaient bel et bien un « précis d’incrédulité ». C’est qu’en leur temps – la fin des années soixante du XVIIIe siècle – les idées étaient dangereuses et qu’ils formaient un ouvrage de combat. En quoi ce combat peut-ils toujours intéresser notre présent ? D’abord en ceci, qu’il nous invite à ne pas désespérer de la raison humaine. Car en d’autres temps, les Doutes et d’autres « bombes » sceptico-rationalistes de même farine ont bel et bien contribué – en multipliant et en croisant les coups – à faire sauter les verrous de certitudes immémoriales, pour finalement fracasser dans sa totalité la fausse évidence de l’ordre social établi, à l’heure révolutionnaire.
Inversement, ceux qui briguent l’estimable statut d’hommes de Dieu comprendront, en étudiant la généalogie funeste des Doutes sur la religion, qu’ils ont tout intérêt à proscrire rigoureusement l’examen, à exalter la confiance et l’obéissance aveugles, à favoriser le dressage des jeunes et à mettre en avant la pratique et le rituel. » (Alain Mothu, préface). Il est important de noter que cet ouvrage n’a pas eu un auteur unique, mais plusieurs qui au fil du temps, au gré des copies manuscrites et parfois même des impressions, s’octroyèrent le droit d’y mettre leur grain de sel, ajoutant, retranchant, réordonnant la matière théorique qui leur tombait entre les mains.
« Soumets ta raison orgueilleuse, adore ce que tu ne comprends pas ; c’est le langage de toutes les religions établies sur la terre, toutes font un cas particulier de l’ignorance. » Ce texte est suivi d’un entretien de Gilles Lucas avec Paul Jorion intitulé « Le capitalisme est à l’agonie », paru dans le n° 91 (juillet-août 2011) de CQFD.


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