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A ma guise

Chroniques 1943-1947


Il y a presque un quart de siècle, j’étais en route pour la Birmanie sur un paquebot.
Le navire était confortable, luxueux même, et, quand on ne dormait pas, on avait l’impression d’être toujours en train de manger. Un jour, je suis remonté tôt après le déjeuner. Le pont était vide à l’exception d’un maître de manœuvre, qui se glissait comme un rat le long des cabines en dissimulant quelque chose dans ses énormes mains : une terrine contenant la moitié d’un pudding à la crème. J’ai saisi la situation d’un seul coup d’œil : le pudding était un reste pris sur la table d’un passager.
Il m’a fallu du temps pour saisir toutes les dimensions de cet incident : mais est-ce une exagération de dire que cette révélation brutale - un artisan extrêmement qualifié, qui pouvait littéralement tenir toutes nos vies entre ses mains, était bien content de pouvoir dérober de la nourriture à notre table - m’en a appris bien davantage que ne l’auraient fait une demi-douzaine de pamphlets socialistes ? Ecrites chaque semaine entre 1943 et 1947 pour un journal de la gauche radicale anglaise, ces quatre-vingts chroniques sont des conversations familières.
Qu’Orwell y parle des bombes volantes qui s’abattent sur Londres ou de ses rosiers grimpants, des écrivains qu’il aime ou des idéologues qu’il combat, on y entend sa voix singulière. Contre l’arrogance des dominants, les mensonges des propagandes et la barbarie qui menace, il y défend le sens du réel et la décence commune : la possibilité d’une société égalitaire et libre, enfin humaine.


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