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Les coopératives d’habitants


Les coopératives d’habitants sont-elles les outils de l’abondance qui, en ce début de XXIe siècle, sauront répondre, à l’échelle de notre continent européen, aux défis et aux incertitudes qui pèsent lourdement sur l’habitat populaire ? Constituent-elles " la solution équitable, l’avantage rationnel (J..Rawls) ", en mesure de répondre au désajustement qui perdure et s’aggrave entre une offre de logements issue du secteur privé ou social et des demandeurs considérés comme " non banquables ", au regard des critères établis parle marché immobilier ? S’agit-il ici pour les précaires, les chômeurs, les travailleurs pauvres, les populations migrantes et les classes moyennes désolvabilisées par la " main invisible du marché ", d’une autre voie possible pour le logement populaire ? En dépit de données quantitatives qui demeurent modestes, la " réinvention des coopératives d’habitants " donne à voir des modes de " fabrique alternatifs " à la conception d’un logement populaire qui apparaît largement dépassée, tant dans sa vision quantitative et fordiste que dans son acception marchande.
Pionnière en Europe, la région italienne du Lazio (Rome) vote en 1998, à l’unanimité droite-gauche, une loi régionale qui légalise toute occupation d’un bâtiment public laissé vacant par son propriétaire (commune, organisme de logement...). Les habitants coopérateurs assurent la remise en état des logements, tandis que le propriétaire (souvent la commune), dans une démarche de " développement durable " (installation de chauffage solaire, dispositifs de récupération des eaux de pluie, utilisation de peintures biodégradables...), prend à sa charge la rénovation des parties communes.
Des ménages et personnes seules disposant de très faibles revenus, souvent victimes d’expulsions, retrouvent par ce biais un logement décent, le plus souvent localisé dans les centres urbains. Ce faisant, les coopératives d’ " auto-récupération résidentielle ", sur la base d’investissements financiers modiques, mais également autour d’une forte mobilisation du " capital humain ", permettent de passer de " l’habitat insalubre à l’écohabitat ".
Aux côtés des coopératives " d’autorécupération résidentielle ", se développe depuis le début des années 2000 une filière orientée vers " l’autoconstruction ". Dans plusieurs villes italiennes (Pérouse, Milan, Naples, Rome ou Turin), il est proposé en égales proportions à des classes moyennes mal ou peu solvalbilisées, mais aussi à des populations issues de l’immigration, un projet " coopératif d’accession sociale à la propriété ".
En appui, coopératives d’habitants et collectivités territoriales mobilisent des institutions financières et bancaires originales, telles que la GEPAFIN (SEM de la région Ombrie) ou la " banca etica " (banque éthique), dont le rôle ne se borne pas à l’octroi de simples prêts bancaires, mais bien à un accompagnement sur la durée de projets immobiliers et humains. Si les sociétés locales italiennes apparaissent ici comme les précurseurs d’un renouveau du coopératisme (Latium, Lombardie, Piémont, Emilie-Romagne), des coopératives du même type surgissent désormais un peu partout dans de nombreuses métropoles européennes (Bruxelles, Rotterdam, Londres, Madrid, Berlin, Copenhague...) et américaines (Québec, Buenos Aires...).
C’est ce qu’évoquent par le menu dans cet ouvrage collectif dirigé par Yann Maury, les auteurs issus des deux continents (européen et américain) qui se succèdent au fil des pages : membres de coopératives, militants engagés en faveur de la défense du droit au logement, chercheurs, architectes et universitaires, élus locaux... Au moment où, en France, la loi DALO (mars 07) entre dans un processus opérationnel, les services spécialisés de l’État français, les régions, les collectivités territoriales françaises et, d’une façon générale, " les autorités organisatrices " qui sont confrontées à un désajustement croissant entre offre et demande de logements accessibles (pour illustration, l’agglomération lyonnaise compte une file d’attente de " 44.000 " demandeurs de logements sociaux non satisfaits), ne sauraient négliger de tels dispositifs susceptibles de constituer une alternative crédible à la situation de " pénurie durable " de logements abordables.
Sur fonds de décor de mutations radicales des États providence européens, des reliquats de l’ancien modèle industriel du logement social de masse et de crise financière internationale, les coopératives d’habitants, qu’elles interviennent sur le registre de " l’autorécupération résidentielle ou de l’auto-construction ", se révèlent être " le maillon résidentiel nécessaire ", mais jusqu’ici " absent de la chaîne légitime " du logement social.


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