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Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était


La famille a-t-elle toujours existé sous sa forme actuelle ? Si non, peut-on dégager un sens général dans son évolution ? Pourquoi, d’un peuple à l’autre, désigne-t-on ses parents de manières si différentes ? Quelle a été la place des femmes dans la famille, et plus généralement dans la société, au cours des âges ? À quand remonte leur oppression ? Comment s’explique-elle ? Est-elle liée à l’apparition de la propriété privée ? L’humanité a-t-elle connu un stade « matriarcal » où les femmes étaient les égales des hommes, voire où elles les dominaient ?
C’est à ces questions, et à quelques autres encore, que ce livre s’efforce de répondre en s’inscrivant dans un courant de pensée marxiste dont il entreprend d’actualiser certaines conceptions trop longtemps figées.
On sait qu’à la fin du XIXe siècle, Marx et Engels avaient été enthousiasmés par les découvertes de l’anthropologue Lewis Morgan, qu’ils avaient popularisées dans le célèbre ouvrage L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat. Cent vingt-cinq ans après sa rédaction, cet ouvrage reste une référence pour tous ceux qui veulent s’intéresser à ce sujet. Malheureusement, le lecteur d’Engels est souvent bien en peine d’avoir accès à des textes plus récents qui lui permettraient de prendre le recul nécessaire sur des raisonnements établis à partir des connaissances balbutiantes de cette époque. Or, l’auteur du présent ouvrage, Christophe Darmangeat, l’affirme sans ambages : « il y a fort longtemps que les recherches anthropologiques ont invalidé de larges parties des thèses présentes dans “L’Origine de la famille...” et que celles-ci ne doivent plus être considérées autrement que comme des théories historiquement datées, des intuitions certes géniales pour l’époque, mais qui ne peuvent plus désormais être tenues pour correctes. »
Cette lacune, en particulier en ce qui concerne la place des femmes dans les sociétés pré-étatiques, se fait ressentir d’autant plus cruellement qu’elle est loin de concerner le seul courant de pensée marxiste. En fait, c’est souvent l’anthropologie elle-même, en particulier en France, qui s’est depuis longtemps pour ainsi dire désintéressée de cette question. Les dernières décennies n’ont vu paraître quasiment aucun ouvrage en langue française présentant une synthèse raisonnée des connaissances accumulées dans ce domaine - sans même parler de le faire dans un cadre matérialiste. C’est à combler ce manque que le présent livre souhaite contribuer.
L’auteur nous invite donc à un voyage passionnant à travers les âges et les continents, en mobilisant à l’appui de son propos une très large documentation, dont une grande partie était jusque là indisponible pour le lecteur francophone. Dans un style très accessible, brossant un tableau aussi vivant que riche d’informations, il s’adresse au non-spécialiste curieux de ces questions essentielles pour tous ceux qui veulent comprendre le monde et, mieux encore, le changer.
L’ouvrage retrace ainsi les principaux débats qui ont eu lieu depuis un siècle autour de la succession des formes familiales, du matriarcat primitif, de la religion de la Déesse Mère ou de l’origine de l’oppression des femmes. S’appuyant sur les acquis de l’ethnographie et de l’archéologie, il met en relief l’immense variété des institutions et des comportements humains en cherchant à dégager les lois qui les sous-tendent. Et il conclut que sur tous ces points, même s’il convient de rejeter bien des affirmations traditionnellement associées à la théorie fondée par Marx, « ce que l’on sait aujourd’hui du passé lointain de l’humanité, contrairement à ce que l’on pourrait penser au premier réflexe, n’affaiblit en aucune manière les fondements essentiels de la perspective marxiste. »


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