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L’Obsolescence de l’homme, tome 2

Sur la destruction de la vie à l’époque de la troisième révolution industrielle


De l’aveu même d’Anders, la part de son œuvre qu’il considérait comme la plus importante est ce qu’il a appelé son « anthropologie philosophique à l’époque de la technocratie ». Il l’a rassemblée dans les deux tomes de L’obsolescence de l’homme (un troisième tome en préparation n’a jamais vu le jour). La traduction en français du premier tome date de 2002 (Ivréa et L’encyclopédie des nuisances). Celle de ce second tome, publié par l’auteur en 1980, est donc également bien tardive. La dégradation ou la destruction de la vie, humaine et non humaine, et les formes insidieuses de la domination de masse n’ont en rien démenti depuis, bien au contraire, la pertinence de ses analyses.

Les pages que l’on va lire ont été écrites entre 1956 et 1976. Elles prolongent, mais surtout précisent et étendent considérablement les vues du premier tome. Les chapitres, d’origine et d’ampleur variées, étaient à l’origine intitulés différemment. C’est lors de leur réunion que l’auteur a tenu à décliner ainsi ces multiples « obsolescences ».

On objecterait à peu de frais que les coups portés ici à l’illusion et à l’indolence datent d’une époque où le monde n’avait pas encore été couvert d’une « toile » et où les « appareils » - toutes acceptions comprises - n’avaient pas réalisé si complètement leur interdépendance, cette intégration à laquelle Anders les savait inéluctablement voués. Les fulgurants progrès de l’intoxication numérique confirment plutôt ce qui pouvait encore passer, aux yeux de ses premiers lecteurs, pour une fable. Et qu’il s’agisse de l’incessante livraison du monde et des êtres humains comme marchandises, de l’occupation du « temps libre » ou de la disparition de la sphère privée, les modernes usages des communications instantanées (du branchement continu sur les « réseaux sociaux » jusqu’aux nouvelles opportunités offertes à chacun d’une « self expression ») semblent en être d’incroyables vérifications ; tout autant que l’évanouissement, dans le nouvel univers de la consommation, d’une distinction entre activités et passivités. Quant au fondement de sa définition de notre époque comme « délai », on ne saurait pas davantage la considérer elle-même comme obsolète au prétexte de la fin de la guerre froide. Ce qu’Anders n’avait peut-être pas exactement prévu, c’est que la « civilisation » se doterait si rapidement de tant d’autres moyens, plus ou moins expéditifs, de destruction généralisée. Il pensait, en revanche, que la seule existence de tels moyens garantissait leur utilisation. Pour peu que, s’éveillant de la torpeur où nous plongent continûment toutes sortes d’artifices ou de moyens d’ambiance, on lève les yeux sur le gâchis qui nous cerne et nous envahit, il est hélas de plus en plus difficile d’en douter. Le rassemblement de ces textes écrits séparément, leur agencement dans une succession non chronologique induisent parfois un caractère répétitif. Anders, quoiqu’il se défendît de constituer sa pensée en système, éprouve le besoin de rappeler ici ou là nombre de ses analyses précédentes et d’affirmer ainsi leur cohérence ou leur solidarité. Ce qui ne leur épargne pas des contradictions qu’il relève lui-même avec lucidité.

Ces analyses n’en constituent pas moins une critique fondamentale et exigeante de l’industrialisation du monde et de ses funestes effets. Cette critique mérite et se doit plus que jamais de rester vivante. Ce livre n’ayant pas eu pour vocation d’en fixer les termes ultimes, la publication de sa traduction n’aura porté de fruits qu’à la condition d’en devenir, plus qu’un blason, l’un des actifs ferments.


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