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John Cowper Powys : Les Parias

Les Parias

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Cette anthologie d’essais des frères Powys emprunte son titre au poème « Le Paria » que William Cowper, leur aïeul par la branche maternelle, écrivit un mois avant sa mort, en 1800 : « Aucune voix divine n’apaisait la tempête, / Aucune lumière ne brillait / Quand, brutalement arra- chés, sans aucune aide / Nous avons péri, chacun seul [...]. » C’est donc sous le signe de la plus inquiétante déréliction que Patrick Reumaux a placé ce volume, dont il est le maître d’œuvre et le traducteur. Les textes métaphysiques des trois frères s’articulent autour d’une sorte de prêche de Theodore Francis intitulé Soliloques de l’ermite. Publié à New York en 1916, cette œuvre très personnelle – une des plus grandes réussites stylistiques de l’auteur – n’avait encore jamais été traduite en français. Bien qu’il ne fasse aucune allusion à la guerre qui sévit alors en Europe, T. F. Powys semble avoir écrit là une profession de foi contre les valeurs de son temps : à l’ordre de participer à l’épouvantable vie collective, il oppose la nécessité de la solitude, de même qu’à l’impératif de travailler pour vivre il répond par l’affirmation du pur bonheur qu’on ressent à ne rien faire : « Je me demande si l’on comprendra jamais que le monde n’est pas fait pour le travail, mais pour la joie. » Requis par la Bible, le seul livre qui vaille à ses yeux, lui qui ressemblait dans sa jeunesse à Nietzsche ne peut s’empêcher de s’interroger sur l’écart, partout constatable, entre le plaisir que les hommes tirent du vice et l’ennui considérable que leur inflige chaque bonne action. L’argumentation qu’il déploie dans son monologue s’appuie sur les ressorts rhétoriques du sermon, mais sans visée clairement évangélique. Comme l’écrit Reumaux dans La Table ronde des Powys, la démonstration, toujours ironique, devient, chez Theodore, un délire « de la raison pure ». En sorte qu’on en déduit seulement qu’à la différence de Llewelyn il n’est pas athée. Pour le reste, il est difficile de dire si ce païen est chrétien ou si, comme John Cowper, derrière son christianisme, se cache un fond irréductible de paganisme. Le sûr, c’est qu’il habite la Bible comme un inquisiteur diabolique.