C’est lors de son exil mexicain que Max Aub rédige La Calle de Valverde. Le roman se déroule à Madrid en 1926 et 1927, autour d’une modeste rue du centre de la capitale, la rue Valverde. Ce sont deux années centrales dans une période qui a vu s’instaurer une dictature : imposée par le général Primo de Rivera en 1923, elle se prolongera jusqu’en 1930, cédant alors la place à la deuxième République espagnole. La dictature n’est pourtant pas le sujet de ce roman, mais elle est là, en toile de fond. L’auteur a entrepris l’écriture de La Calle de Valverde parallèlement à deux autres romans, qui font partie du cycle romanesque Le Labyrinthe magique, publiés entre 2009 et 2011 par Les Fondeurs de Briques (qui feront l’objet d’une édition de poche à partir de 2026). Certains personnages de La Calle de Valverde se retrouvent dans plusieurs romans de ce cycle romanesque, mais le caractère desdits personnages est très différent selon qu’ils apparaissent dans l’un ou l’autre de ces ouvrages. Il y a dans le cycle du Labyrinthe magique, qui prend pour socle et argument la guerre civile espagnole, une dimension épique qui est inexistante dans La Calle de Valverde.
Ce roman se veut, avant tout, une chronique de la vie quotidienne. Il n’y a pas dans ce roman un personnage principal, qui conduirait le récit ; ce sont des personnages, de différentes origines, qui, avec l’aide du narrateur, nous décrivent les péripéties de leur existence, constituant de la sorte une mosaïque d’ambiances et de caractères. Aux petits riens quotidiens et aux drames qui ponctuent le récit viennent s’ajouter discussions et palabres : on parle de politique, de tauromachie, de littérature, on évoque l’Espagne, passée, présente et à venir... Dans La Calle de Valverde, la forme emprunte beaucoup de son rythme au langage cinématographique et l’oralité est prépondérante. Le roman fait cohabiter langue populaire et langue savante, ce qui lui donne saveur et parfum.
