Le recueil s’organise en six mouvements : « 58 épigrammes crevées » forme le premier « à plat », synonyme de crevaison, de pneu crevé. Face à l’état d’urgence sanitaire, face à la mort de l’ami, il s’agit de reconstruire une langue, par de petits poèmes simples, jacasseurs, satiriques. Repartir à zéro. Le deuxième mouvement, « Caduc », présente 33 « stances ébréchées » tentant de chanter, à frêle voix, les souvenirs d’une ville imaginaire, Mourilone, l’amitié comme une cité oubliée et perdue dans le temps. Il plonge ensuite dans les traces matérielles de l’amitié, à travers 19 épîtres rapiécées. Un « vieux cheval d’archive » se met lentement en marche. Et le mouvement bref de « Bancal », avec ses quatre tarentelles tordues, remet du rythme, de la vie, de la musique. « À tombeaux ouverts », le cinquième mouvement, interroge le deuil, le sens du rite funéraire à l’heure de la « mort ensauvagée » et de la fin des croyances en un au-delà. « Évasion musicale », mouvement final, invite, par « trois sonnets tricotés », à reprendre souffle, à continuer la route « sans trop traîner de thrènes ».
L’auteur avait auparavant interrogé l’empreinte d’un lieu, du souvenir d’une rue parisienne. Il travaille ici la question de la perte d’un ami aimé, survenue en pleine crise du covid-19. Le drame intime et le drame social additionnés provoquent une stupéfaction et un désespoir proches de l’acédie. Le véhicule poétique est crevé. La peur de la mort a surgi d’un coup, coupant la langue du poète. Le recours à des formes fixes, lui permet de se reconstruire, se rebricoler une langue en mettant des mots sur l’expérience secouante. « Il n’existe ni congé pour décès, ni mot juste, ni reconnaissance sociale pour celles et ceux dont un ami meurt. Pourtant, ce chagrin peut être ravageur, et ce à tout âge. » écrivait récemment Audrey Parmentier dans Le Monde. C’est bien ce chagrin-là que traversent les poèmes d’À plat.
